La politique de l’État favorise-t-elle les embauches au Smic ?

Embauche au smic

Un peu d’histoire : c’est en 1993 qu’une politique de baisse du coût du travail s’est mise en place pour la première fois. Le Premier ministre de l’époque, Édouard Balladur, permet aux employeurs d’être exonérés de cotisations sur les salaires compris entre 1 et 1,1 Smic. L’idée était de créer de l’emploi. À cette politique suivra, en 2013, la création du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), sous la présidence de François Hollande. Emmanuel Macron a pour finir transformé cette réforme en baisse définitive de cotisations. À partir d’octobre prochain, le Smic devrait être dépourvu de cotisations et de contributions sociales patronales.

Est-on moins bien payé en France que dans le reste du monde

L’OCDE (organisation de coopération et de développement économique) est l’organisme qui rassemble des statistiques sur les pays développés, elle en regroupe plus d’une trentaine. Au sein de l’OCDE on s’aperçoit que les charges patronales françaises sont assez élevées. Cependant, si l’on soustrait les exonérations dont peuvent bénéficier les employeurs sur du personnel au Smic, alors le français n’a rien à envier à ses homologues étrangers.

Rappelons que certaines aides ont également été mises en place afin d’aider les travailleurs qui touchent de bas salaires. Récemment la prime d’activité a été revalorisée et les travailleurs au Smic sont généralement exonérés de l’impôt sur le revenu. Le smicard français n’est donc pas moins payé que ses confrères de l’OCDE. Les aides directes et les exonérations fiscales dont il bénéficie placent son revenu à 78 % de celui du français médian contre moins de 50 % aux États-Unis ou en Espagne par exemple.

Le Smic est-il une fatalité ?

Avec un tel système, on pourrait penser qu’il inciterait les employeurs à embaucher au Smic pour ne pas payer de cotisations. Des études récentes menées par la DARES (Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques) démontrent le contraire, ce qui est plutôt rassurant pour les travailleurs. Les employés au Smic sont une population jeune, il s’agit souvent d’un premier emploi. La DARES a suivi, sur trois années consécutives, le parcours de ces jeunes salariés : la première année, le taux de travailleurs au Smic était de 10 %, la seconde année ce taux est passé à 5 %, pour finir à 3 % lors de la troisième année. Le Smic serait donc une transition pour nos jeunes, le temps d’acquérir de l’expérience et de faire leurs preuves le plus souvent.

Sortir du Smic semble plus compliqué lorsque l’on est âgé, malgré les compétences acquises. Les salariés approchant de la retraite et ayant perdu leur emploi ont du mal à retrouver un poste à hauteur de leurs espérances. Ils se heurtent à un marché de l’emploi où il est difficile de faire sa place et de se démarquer de la concurrence. L’expérience se paie cher et les patrons sont parfois réticents à embaucher une personne proche de la retraite, trop de charges leurs incomberaient. Ces personnes sont souvent obligées de sous-évaluer leurs compétences et de revoir à la baisse leur salaire. Heureusement, il s’agit d’une minorité et la tendance de ces dernières années montre que cette situation se réduit.

Cette politique n’incite-t-elle pas la dévalorisation des salaires ?

Comme évoqué plus haut, on peut voir que les bas salaires touchent une certaine population : les jeunes, mais qui la plupart du temps après quelques années de travail n’en restent pas au Smic, . Le personnel peu qualifié : le système français offre des opportunités de formation et il est tout à fait possible de voir son poste évoluer, même lorsque l’on commence tout en bas de l’échelle. Bien qu’il faut l’avouer, cela reste plus difficile qu’auparavant, la concurrence est rude. Le temps d’études s’est allongé et l’on trouve facilement du personnel surqualifié à la sortie des écoles. Les patrons n’ont que l’embarras du choix pour trouver des salariés selon les secteurs d’activités. Les employés âgés souffrent, eux aussi, de cette concurrence et préfèrent accepter un emploi au Smic plutôt que de rester sans emploi.

Quoiqu’il en soit, les Français ne sont pas condamnés à être payés au Smic. Tous les salaires ne sont pas dévalorisés et le travail en France n’est pas en permanence sous-évalué, heureusement ! Certes, on remarque des salaires plus élevés chez nos voisins européens. Hormis les exonérations de charges mises en place sur les bas salaires, les charges patronales sont toujours plus élevées que dans certains pays de l’Europe, en ce qui concerne les rémunérations au-delà du Smic.

Il faut tout de même rester vigilant et veiller à ce que les entreprises ne profitent pas de cette politique pour embaucher à moindre coût. Si celles-ci ont des besoins de personnel qualifié, alors il est de bon augure de rémunérer ces qualifications à leurs justes valeurs. Ce qui pourrait amener un autre débat portant sur la question de l’éthique.

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